Éditorial du 4 décembre 2018
La question se pose dans les rédactions mais aux yeux du peuple français la réponse serait plutôt : oui.
Et feindre de croire que cela ne date que du mois dernier est une erreur car celui qui se voulait jupitérien a oublié un léger détail : les Français eux-mêmes.
On ne peut pas traiter "les gens" d'illettrés, de fainéants qui foutent le bordel, de "mafia", et j'en oublie tant ce début de quinquennat fut marqué par la suffisance condescendante d'un président qui se voulait monarque, sans que cela se retourne contre soi.
Le jeune président qui annonçait le "nouveau monde" a appliqué toutes les ficelles de "l'ancien monde" tout en fustigeant celui-ci. Les "affaires" de Ferrand à Benalla en passant par Françoise Nyssen sans oublier quelques histoires de financement de campagne ont très largement entaché le début du quinquennat et les sondages s'en sont fait l'écho sans que l'exécutif n'en tienne compte.
Une autre erreur fut de vouloir faire croire que c'en était fini du clivage gauche/droite et qu'il prendrait appui sur l'une ET l'autre jambe en tenant compte à la fois de la situation économique et des difficultés des Français.
Malheureusement, il a choisi d'avancer à cloche-pied en prenant appui sur la seule jambe droite, appliquant les règles de l'ultra-capitalisme. La décision de supprimer l'ISF et la flat taxe et, "en même temps", hisser la France au premier rang européen des pays les plus taxés en faisant les poches des classes moyennes voire des pauvres (baisse des APL) était un signal fort que les Français ont parfaitement entendu.
La taxation des carburants a mis le feu aux poudres et le mouvement des Gilets Jaunes a voulu rappeler au gouvernement qu'il y a une France qui n'en peut plus.
Macron a fait du Macron, après les manifestations du 17 novembre, en ne prenant visiblement pas la mesure du mécontentement et en répondant "cuve à fioul" quand on lui demande du pain.
"J'entends..." , certes, mais répondre "On garde le cap" montre qu'il y a une sacrée différence entre "entendre" et "écouter". Et Macron a raté ce rendez-vous et les suivants en n'apportant aucune réponse, pire en se taisant.
La position du gouvernement depuis novembre a généré non plus un mécontentement mais un rejet total de la personne même du Président. Car désormais ce n'est même plus sa gouvernance qui est mise en cause mais bel et bien ce qu'il est. A son mépris patent du peuple, le peuple répond aujourd'hui par un rejet massif.
L'exécutif a laissé la situation se pourrir et il n'a désormais plus le choix : soit il campe sur ses positions tout en prenant une mesurette-hochet et la rue ne cessera pas de gronder, soit il revient en arrière avec des concessions significatives et il sera désormais à la merci de nouvelles manifestations dès lors où il devra prendre une mesure impopulaire. Mais, dans tous les cas, et les réunions d'hier en sont la preuve ironique, il aura besoin de l'ancien monde pour redevenir un tant soit peu audible.
La "verticalité" du pouvoir de Macron a pris un coup sévère et, à moins d'un miraculeux redressement économique dont les Français ressentiront concrètement le "ruissellement", la fin du quinquennat sera rude car il a perdu le seul vrai soutien qui compte en démocratie : celui des citoyens.